D’outsider à prétendant : jusqu’où ira Le Mans ?
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Ligue 2, Coupe de France, mercato... on prend une pause durant cette saison effrénée : faisons le point sur ce qu'ont fait les Sang et Or cette saison, et sur les défis qui les attendent.
Les matchs s'enchaînent, les victoires s'accumulent et les records sont dépassés semaine après semaine. Peu importe la destination finale, cette saison rentrera dans la légende de l'histoire mancelle. Les Sarthois bousculent tous les pronostics, dépassent tous les attendus. Alors qu'il n'était qu'un simple promu de National, le club manceau s'est métamorphosé en un véritable outsider de Ligue 2, capables de faire trembler certaines grosses écuries du championnat. À qui doit-on ce petit miracle ?
Le nom de Patrick Videira revient souvent lorsque l'on s'interroge sur les raisons de la réussite mancelle. Véritable magicien qui transforme tout ce qu'il touche en (sang et) or, l'ancien entraîneur de Furiani fédère au sein du club, grâce à un projet ambitieux et une énergie sans limite. Ses bonnes ondes se diffusent jour après jour dans le groupe Sang et Or, qui montrent à chaque rencontre une très grosse solidité mentale, même lorsqu'ils sont malmenés, comme face à Laval ou lors du déplacement à Saint-Étienne. La résilience et la confiance sont deux aspects que Videira cultive avec patience depuis le début de la saison dernière, et qui constituent aujourd'hui les qualités majeures du Mans.
Un bilan sportif inattendu
Marquer les esprits est une chose : nombre d'équipes ont inscrit l'empreinte de leur passage sans pourtant se distinguer des autres. Mais marquer l'histoire d'un championnat reste un exploit qui n'arrive pas tous les jours, surtout pour un promu.
Commençons par rappeler un fait, simple mais qui mérite d'être dit : Le Mans a, jusqu'à aujourd'hui, fait un parcours hors du commun en Ligue 2. La série d'invincibilité de dix-sept rencontres est un record en deuxième division, dépassant les anciennes performances de Toulouse et Valenciennes. Meilleure défense du championnat, troisième meilleure équipe à l'extérieur et à domicile … et cela avec les plus petites finances du championnat. Les Manceaux fonctionnent en effet avec une enveloppe d'environ 9 millions d'euros, ce qui fait d'eux un des clubs avec les plus petits budgets de Ligue 2, aux côtés de Rodez, Pau et Boulogne, loin derrière les 35 millions stéphanois.
Les Sarthois ont réussi l'exploit de battre des cadors de Ligue 2 (Troyes, Dunkerque) voire même un ancien pensionnaire de Ligue 1 (Saint-Étienne), apparaissant comme de véritables trouble-fêtes capables de semer la zizanie même dans les équipes les plus organisées. Malgré tout, le bilan purement comptable doit être nuancé : les Sang et Or ont fait beaucoup de matchs nuls, et parfois contre des formations largement prenables, comme Laval ou Clermont.

On notera également la belle performance du Mans en Coupe de France, qui s'arrêta en huitièmes de finale face à Reims, dans un match qui signera le début des priorités pour les hommes de Videira.
Un groupe qui se bonifie avec le temps
L'euphorie de la montée passée, une problématique s'est rapidement posée : comment consolider l'effectif tout en conservant ce qui a fait la force du Mans en National ? Le mercato d'été avait été dans la globalité, une bonne opération pour la formation sarthoise : les arrivés de Buades, Robin ou encore le prêt de Cossier ont été de vrais apports techniques au sein du groupe Sang et Or. Cependant, certaines recrues comme Abanda ou Guillaume n'ont pas convenus au projet de Videira, et certains secteurs manquaient toujours de structure. C'est donc en toute logique que la direction sportive du club a décidé, cet hiver, de faire un recrutement ciblé afin de renforcer le bloc manceau.
Ainsi, les observateurs sarthois ont vu arriver au club Mathis Hamdi, jeune défenseur gauche venant tout droit de Troyes. Rapidement intégré dans les rouages de la machine Videira, il débutera la rencontre face à Rodez, est remplaçant contre Dunkerque, puis redevient titulaire face son ancien club, le leader champenois. Cette expérience ne lui a malheureusement pas été concluante puisqu'il prit un carton rouge suite à un mauvais geste défensif sur Lucas Maronnier, l'obligeant à sortir du terrain pour un contrôle commotion.
On peut également compter parmi les nouveaux, Lucas Bretelle, milieu défensif venant de la Jupiler Pro League, et ayant passé quelques temps à l'infirmerie avant de pouvoir entrer pour la première fois sur la pelouse mancelle samedi dernier contre Laval. Il était d'ailleurs accompagné de la troisième et dernière recrue, Adil Bourabaa. L'ex-milieu de Beauvais a en effet signé au Mans, et a de suite marqué les esprits durant les quelques minutes de jeu qui lui furent accordées, notamment grâce à la finesse de son jeu technique. Une entrée qui fut d'ailleurs plébiscité par la communauté mancelle, puisque vous avez décidé de classer le milieu droit à la deuxième place du Manceau du Match face à Laval, avec la note exceptionnelle pour un primo-entrant de 6,9/10 !

Côté médical, Le Mans est plutôt épargné par les cascades de blessures qui encombrent bien trop souvent les infirmeries de Ligue 2. Mis à part Jean Vercruysse dont la rupture des ligaments croisés l'a obligé à faire une croix sur la saison, on ne compte que William Harhouz, victime d'une fissure du péroné ; Malang Gomes, en réathlétisation après une opération de la cheville ; et Milan Robin, blessé au mollet. Les trois joueurs cités sont dans la phase de rétablissement, et leur retour est plus qu'imminent, permettant ainsi de redensifier le groupe Sang et Or.
Quel horizon pour les Sarthois ?
Avec un tel rythme, il est aisé de croire que plus rien n'est impossible pour Le Mans. Des joueurs motivés et convaincus du projet, un coach animé par sa passion et son amour du beau jeu, un public en feu... tous les éléments sont présents pour créer l'alchimie, et produire un futur promu de Ligue 1 en puissance. À seulement deux points d'écart du leader troyen, très atteint moralement à cause d'une série de trois défaites, les camarades de Lucas Buades voient aujourd'hui ce qui relevait jusqu'alors du fantasme inatteignable du supporter rêveur, comme un objectif certes difficile à relever... mais tout de même relevable. Derrière cette butte se dissimulent en vérité deux visions bien opposés, qui divisent la communauté mancelle : Le Mans doit-il monter en Ligue 1 tant qu'il a l'occasion, ou bien est-ce plus profitable de rester une saison de plus en deuxième division pour arriver plus fort par la suite ?
Le sujet tranche parmi les observateurs du Mans : les Sang et Or arriveront-ils à assumer le niveau de la Ligue 1, après seulement une unique saison au niveau professionnel ? Ne risquent-ils pas de faire "l’ascenseur" comme beaucoup avant eux ? Mais en même temps, peut-on se permettre de ne pas pas saisir l'opportunité présente devant nos yeux, sachant que les Sarthois sont dans une dynamique qui ne se reproduira peut-être pas deux fois ? Les douze prochaines journées de championnat décideront du sort des Manceaux, mais certaines rencontres seront plus décisives que d'autres. Nous pensons notamment au déplacement à Saint-Ouen, terre du Red Star, le 28 février ou encore à Reims, le 2 mai, un adversaire très redouté des Sang et Or car ils n'ont pas gagné une seule fois contre lui cette saison en deux confrontations.
Les objectifs manceaux semblent aujourd'hui très clairs : aller le plus haut possible. Si les barrages d'accession à la première division seront un palier que les Sarthois pourront atteindre sans nul doute, le podium voire la place de leader sont deux quêtes qui motiveront les Manceaux à garder le rythme et l'efficacité qui fait leur marque de fabrique. Quelque soit la finalité, les hommes de Videira feront ce qu'ils savent faire de mieux, c'est-à-dire jouer avec le cœur, la passion, et l'éternelle envie de dépasser leurs limites. Gardons à l'esprit ce mantra qui a fait, fait et fera toujours le cœur de la fougue Sang et Or : impossible n'est pas Le Mans !


