Alan Mangin : « On va voir à quel point l'effectif troyen est profond »
- il y a 1 jour
- 8 min de lecture
Chaque veille de match, la Tribune Mancelle met en place sa "Zone Mixte". Le principe ? Interroger une personnalité qui connait bien le prochain adversaire du Mans FC pour obtenir son analyse sur l'équipe et le match à venir.

Sacré enchaînement pour les Manceaux. Après avoir battu l'autre équipe en forme du moment, Dunkerque (1-0), les Sang et Or se déplacent chez le leader jusqu'ici incontesté : Troyes. Si la suite du calendrier s'annonce elle aussi ardue (Reims, Laval, Montpellier, Guingamp, Red Star...), Patrick Videira et ses hommes sont pour l'instant concentrés sur le choc imminent face à l'ESTAC.
Pour mieux comprendre les enjeux de cette rencontre, nous sommes allés à la rencontre du journaliste aubois Alan Mangin qui nous a livré les secrets de la réussite troyenne...
Bonjour, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et expliquer votre lien avec l’ESTAC ?
Je suis Alan Mangin, journaliste au service des sports de L'Est Éclair, qui est le quotidien départemental de l'Aube. Je suis tout les jours l'actualité de l’ESTAC, et ce depuis 2017.
Le club troyen appartient au City Football Group depuis 2020. Un peu plus de cinq ans après ce rachat, quel bilan peut-on en faire ?
Le bilan est plus que mitigé, on peut vraiment distinguer deux périodes au sein de ces cinq années.
Jusqu’à l'intersaison 2024, le bilan était plus que négatif puisqu'on sortait d'une double relégation de Ligue 1 en Ligue 2, puis de Ligue 2 en National, qui a finalement abouti à un repêchage à la suite de la relégation administrative de Bordeaux. L'image du City Football Group en avait pris un coup avec le maintien en poste de l'entraîneur australien Patrick Kisnorbo, qui est un petit peu le symbole de de ce qu’il ne faut pas faire dans une multipropriété ; c'est-à-dire avoir un entraîneur qui ne connaît pas du tout le club ni le championnat, et qui ne parle pas français.
La deuxième période a débuté lors de cette intersaison 2024. Il y a eu un changement radical, notamment dans la gouvernance puisqu'il a eu un nouveau président, un nouveau directeur sportif et un nouvel entraîneur en l'espace de deux mois. Et depuis, c'est quand même beaucoup mieux avec cette première place en Ligue 2.
Leader depuis la fin septembre, Troyes est en position idéale pour décrocher sa montée en Ligue 1 en fin de saison. Où en est le baromètre de confiance côté supporters ?
Troyes ne s’était pas forcément déclaré comme un candidat à la montée. Je pense qu’il n’y a pas grand monde qui misait sur l’ESTAC après une dernière saison mitigée, où le club a finalement terminé dixième mais en étant bloqué à la dernière place pendant tout le début de saison. C'est donc un petit peu inespéré de les voir en tête depuis aussi longtemps, et qui plus est avec une certaine marge. Dans le jeu, on voit que c'est vraiment bien huilé.
Il y a quand même eu cette défaite à Guingamp la semaine dernière avec des blessures, qui nous rappelle que la machine peut s'enrayer à tout moment. Il y a toujours cette peur que ça soit trop beau pour être vrai, et que l’on se réveille d'un coup avec des moins bons résultats… Même si pour l'instant, à chaque fois qu'il y a eu une mauvaise performance, l'équipe a bien réagi derrière.
Encore en lice en Coupe de France, l’ESTAC va défier Lens en huitièmes de finale. Cette compétition reste-t-elle du « bonus » ou Troyes va-t-il la jouer à fond ?
Pour savoir si c'est du bonus, il faut souvent se fier aux compositions d'équipe. Jusqu’à maintenant, c'était souvent trois quarts de titulaires habituels, ce n’était pas du tout une équipe réserve qui était alignée en Coupe de France. Là, je pense que ça le sera encore moins, du fait que Troyes va jouer une Ligue 1 et que ce sera un match regardé. Ça sera en plus le premier match de coupe à domicile donc je ne vois pas comment le club pourrait le galvauder.

Malgré tout, ça serait quand même une surprise de passer Lens, il n’y a rien à perdre pour l’ESTAC. Donc du bonus peut-être, mais en tout cas l'équipe s’est servie de la Coupe de France pour tester des choses pour le championnat. J'ai envie de dire que c'est une compétition « support » pour Troyes.
Cette saison a aussi été l’occasion de retrouver les derbys de la Champagne face au Stade de Reims. Au-delà de la simple rivalité sportive, y’a-t-il un enjeu plus profond ? Notamment dans le cas où seule l’une des deux équipes parvenait à monter ?
Effectivement, sur les deux derbys c’est quatre points gagnés par l’ESTAC car il y a déjà eu la double confrontation. Il y a évidemment l'enjeu sportif, d'autant plus que les deux équipes sont en haut de classement, il y a aussi l'enjeu de suprématie régionale sachant que les Troyens ne portent pas dans leur cœur les Rémois. L'inverse est aussi vrai, mais c'est surtout valable côté troyen, on n'aime pas trop le voisin et rival marnais. Moi, pour être honnête, je voudrais bien que les deux équipes montent pour retrouver justement ces derbys en Ligue 1.
L’effectif troyen n’a pas tellement évolué par rapport à la saison dernière, mais les manques ont très bien été comblés par des recrutements réussis (Bentayeb, Mille, Ifnaoui…). Au final, il ne manquait pas grand-chose pour passer d’une équipe de milieu voire bas de tableau à une équipe taillée pour la Ligue 1 ?
En fait, l’effectif a quand même évolué, parce que comme vous le mentionnez il y a les recrues qui sont titulaires : Bentayeb, Mille, Ifnaoui, on peut rajouter Gambor et Marronnier. Titi était prêté en Belgique. Detourbet et Adeline étaient remplaçants et sont devenus titulaires. Donc, si l'effectif n'a pas été bouleversé, l'équipe-type a été en revanche à moitié changée.

Au final, au-delà de l'effectif en lui-même, il fallait surtout retrouver cette confiance. Aujourd’hui, on sent que les joueurs ont vraiment confiance en leur force. Pour moi, c'est la continuité des six derniers mois, puisque comme je l’ai dit plus tôt, l’ESTAC était en dernière position jusqu’à fin octobre la saison dernière, et depuis janvier il y a eu un redressement spectaculaire pour remonter jusqu'à la dixième place. Je considère en fait ces six derniers mois comme la base de ce qu'on voit là depuis le depuis le début de saison.
Le coach Stéphane Dumont, qui fait partie de la nouvelle génération de tacticiens à l’instar de Patrick Videira, est-il l’artisan majeur de la réussite troyenne ?
Sportivement, il y a deux artisans. Pour moi, le principal reste quand même le directeur sportif Antoine Sibierski, qui est arrivé avant Stéphane Dumont et qui a vite éjecté l'entraîneur précédent David Guion, pour justement placer Dumont. C'est aussi lui qui est en charge du recrutement dont on vient de parler. Donc l'architecte « de l'ombre », c'est Sibierski, mais l’entraîneur en est la continuité visible.
Au-delà de l'aspect tactique, ce que Dumont a surtout apporté, c’est sa personnalité apaisante et bienveillante à l’égard de tout le monde au club, il y avait vraiment besoin de ça. La crise était profonde en termes d'image au niveau du club, et voir quelqu'un d'abordable, de simple dans les discours et qui dégage des valeurs semblables à celles du territoire qu’est l’Aube, ça a fait beaucoup de bien et sur le terrain et surtout en dehors.
On remarque qu’un grand nombre de joueurs formés à Troyes ont obtenu du temps de jeu en équipe première. Si l’excellent Mathys Detourbet a tendance à éclipser les autres, peut-on tout de même considérer qu’il s’agit d’une vraie politique de formation voulue par le club ?
Les jeunes de la formation, c'est l'un des grands axes de la stratégie du City Football Group, et c'est aussi pour ça qu'ils ont racheter l’ESTAC : développer des joueurs, ou en acheter des très jeunes pour les former et les faire monter jusqu'au haut niveau.

C'est aussi une grosse volonté du directeur sportif, qui a d'ailleurs fait de la place cet été dans l'effectif à ces jeunes. Beaucoup de doublure à certains postes sont des jeunes de la formation : les deux latéraux par exemple. Il y a bien sûr Detourbet, mais il y en a beaucoup d'autres qui se sont montrés cette année et qui ont joué en Coupe de France ou en championnat. C’est effectivement l'un des gros axes de la stratégie, et ça fait partie de l'ADN du club troyen qui a toujours formé des jeunes. Les champions du monde Sidibé et Matuidi en sont les principaux exemples, on peut aussi citer Mbeumo qui flambe à Manchester en ce moment.
Un des jeunes troyens, justement, vient de quitter Troyes pour Le Mans : Mathis Hamdi. Quel regard portez-vous sur ce choix de carrière ?
C'était le moment pour lui de de partir. Il avait eu quelques opportunités de se montrer, pas tellement sur la durée, et il ne s’est vraiment jamais imposé. Il était troisième dans la hiérarchie des latéraux gauches cette saison. On est plutôt content pour lui parce qu’il est Aubois depuis très longtemps, on le suit depuis qu'il est petit, et c’est surtout un bon mec. On est content pour lui qu’il trouve un club à sa mesure, et surtout qu'il puisse montrer vraiment ce qu'il vaut en Ligue 2 sur la durée.
Le match entre Troyens et Manceaux s’annonce peut-être comme l’un des tournants de la saison, entre un leader qui va chercher à asseoir sa domination et un promu qui voudra prolonger son interminable série d’invincibilité. Qu’attendez-vous de cette rencontre ?
L’ESTAC reste sur une défaite à Guingamp, donc on attend forcément un rebond même si ce match n'était vraiment pas du tout mauvais, avec même une première mi-temps de très haut niveau de Troyes. Il y a eu ensuite eu la blessure d’Antoine Mille, qui est d’ailleurs suspendu pour ce match contre Le Mans, qui a fait beaucoup de mal.
On attend donc de voir comment l'équipe peut se comporter avec plusieurs blessures et suspensions. Jusque-là, les remplaçants ont toujours fait le travail, mais là on se dit que ça fait quand même beaucoup de joueurs indisponibles d’un coup. On va voir à quel point l'effectif troyen est profond, et jusqu'à quand ils vont pouvoir continuer à ce rythme-là avec des joueurs en moins. C'est un petit peu le point d’interrogation qu'on a.

On a aussi envie de voir si Le Mans va continuer sa série, et si jusqu'au bout ils vont être dans le bon wagon pour titiller les premières places. Ce match sera effectivement un tournant sachant que l’ESTAC a déjà reçue deux poursuivants au mois de janvier, le Red Star et Reims pour deux victoires de Troyes. Ces premiers tournants ont été bien négocié, pour l'instant.
On termine avec le traditionnel pronostic : quel sera le score du match selon vous ?
Au vu de tout ce que j’ai pu dire, je vais partir sur un match nul que je vois assez fermé. Troyes va surtout vouloir ne pas perdre, même si ce n’est pas du tout la philosophie du staff de débuter un match avec cette intention là, mais je dirais un match nul : 0-0 ou 1-1.






Commentaires