Thierry Gomez: "Depuis 2 ans, le club n’a jamais aussi bien fonctionné"

Assez rare en interview, le président du Mans FC, Thierry Gomez était l'invité hier sur Twitch de l'émission LaBeamTV, animée par David Barbet, avec le concours de Ludovic Butelle, le gardien du Red Star. Nous vous proposons de (re)découvir les différentes réponses données par M. Gomez au cours de cet échange d'environ 1 heure.

David Barbet : Est-ce que vous jugez le début du championnat correct, bon ou insuffisant ?


Thiery Gomez: Je dirais comptablement insuffisant, c’est clair. Maintenant on essaye d’avoir des explications. On a eu beaucoup de pépins physiques sur la défense. On n’est pas très loin. Sur les 3 derniers matchs, on a pris 7 points sur 9, ça sera intéressant de voir si on arrive à enchainer avec 2 gros matchs qui arrivent, Versailles et Martigues.


On s’aperçoit qu’à domicile c’est très fort, à part les 2 points perdus contre le Red Star. Beaucoup de buts. Par contre à l’extérieur il y a un petit souci…


Oui on a très mal démarré, même si encore une fois on a perdu tous nos défenseurs pendant toute la préparation. Et les premiers matchs, on a bricolé. A Dunkerque, à Nancy, ce sont des déplacements pas faciles. On était un peu affaibli, on n’avait pas l’équilibre qu’on espère avoir dans les prochaines semaines. Malgré cela, 3 défaites et 2 matchs nuls c’est beaucoup. Mais on est finalement qu’à 2 points du Red Star.


L’objectif pour Le Mans c’est la montée ?

Comme le Red Star et une dizaine d’autres équipes. Mais je crois que l’objectif pour toutes les équipes ça va être très longtemps à la fois la montée et le maintien, avec 6 descentes sur 18. Il faut s’occuper de soi et créer une osmose, avoir une identité. Il est trop tôt encore. Ça va être un championnat serré jusqu’à la fin.


Ludo tu a joué contre Le Mans, comment tu définis cette équipe ?

Ludovic Butelle: Offensivement très très forte. Contre nous beaucoup de défenseurs étaient absents. C’est l’équipe qui nous a mis le plus en difficulté. On a eu peu d’occasion. On est parti avec 1 point et on était content. On a été malmené. Ils font partie des favoris pour la montée, mais il y a aussi Versailles, Dunkerque, Concarneau, Nancy... C’est important de bien démarrer pour être dans le bon wagon. Il faut éviter d’avoir un petit coup de mou et être décroché. L’objectif c’est de rester en haut.


Est-ce que le statut professionnel sera maintenu pour 2023-2024 en cas de non montée ?

TG : Ça nous amène sur la réforme du foot. Suite au problème Mediapro et des droites télés, il a été décidé de lancer une réforme avec une L1 à 18 et une L2 à 18, et de passer de 4 groupes de N2 à 3 ainsi que de diminuer les groupes de N3. On a fait une réforme pour l’ensemble du football mais on a oublié qu’il avait le National au milieu. C’est déjà un championnat hybride avec clubs amateurs et professionnels. J’étais plutôt favorable à un resserrement de l’élite pour améliorer le foot en France, mais c’était une bonne idée avec une L3 pro. Dans 2 ans, il y aura 8 clubs actuellement en L1 ou L2 qui seront en National et on a complètement oublié ce championnat dans la réforme. Donc on se bat en interne, on se réunit avec les présidents de clubs pro pour essayer d’expliquer et faire évoluer, d’avoir une vision pour le foot.

C’est très bien pour l’ensemble du foot pas que pour les clubs de National. Faut absolument aller vers une L3 pro comme tous les grands championnats d’Europe. Dans d’autres championnats, il y a même une L4 ou L5 pro. Ça va revaloriser le foot. La L2 aura un parachute. Ça va aussi améliorer le niveau de la L3 donc celui de la L2 et de la L1, et les clubs qui joueront l’Europe seront plus forts. On fournit beaucoup de joueurs à la L2 et la L1. J’espère qu’il y aura enfin de la raison et qu’on ira vers cette étape dans les 2-3 ans à venir. Et que le statut pro, on pourra le garder à partir du moment où il y a un accord de la DNCG.


Qu’est-ce qui bloque ? Certains présidents de L1 et L2 ?

Oui. C’est compliqué d’être président de club. On est obnubilé par son club, on veut le défendre, parfois on a des difficultés à prendre du recul et d’avoir une vision globale. C’est ce que je regrette. Quand on fait des réunions tous ensemble, on devrait à l’entrée de la salle de réunion enlever le drapeau de son équipe ou de sa ville et prendre le drapeau de l’ensemble du foot. Encore une fois, nous qui sommes un club moyen, une ville moyenne, on peut penser qu’un passage de L1 à 18 ce n’est pas une bonne chose pour nous, car ça réduit la possibilité à des villes comme les nôtres de retrouver la L1, ce qu’a connu Le Mans. Mais pour l’ensemble du foot c’est une bonne chose. Faut avoir une vision globale. Faut passer à cette L3.

Nous on a connu cette L3 il y a 4 ans et ça a évolué. Là on était à Nancy, à Dunkerque, on va à Orléans, au Red Star... Tout le monde a des stades, des centres de formation. Le niveau est vraiment intensifié. Il est temps de franchir cette dernière étape. Ce qui bloque c’est l’aspect financier car forcément une L3 pro demandera une aide à ces clubs et ça sera légitime mais je pense que cette aide on peut la trouver. Y’a de l’argent dans le foot, on en trouve encore. Je pense qu’il faut vraiment mettre ça sur la table et qu’il y ait un élan de générosité.

Je vais vous faire une petite confidence : quand les grands clubs français sont dans des réunions et qu’on parle de l’Europe... il suffit de voir la Superligue : là on dit on est contre, car les clubs français en Europe sont petits ou moyens, et ils prônent la solidarité. Quand ils reviennent dans le foot français ils oublient parfois un peu ce discours vis-à-vis l’Europe. La Coupe d’Europe ce n’est pas 3, 5, 10 clubs… bah le foot français c’est la même chose c’est pas 5 clubs. Le foot dans son ensemble doit se porter bien et se développer.


Si vous n’avez pas la L3 pro, est ce qu’il y aura le statu pro l’année prochaine quand même ?

De toute façon il n’y aura pas la L3 pro l’année prochaine faut pas rêver. Mais il doit y avoir la possibilité aujourd’hui de garder le statu pro. D’ailleurs le Red Star est dans sa 4e année, et je trouve ça légitime. Si le Red Star ou Le Mans se maintiennent l’an prochain en National, je pense que par rapport aux investissements qu’on fait… Nous au Mans, on a 6 clubs au niveau national : N1, N3, U19, U17 chez les garçons, en D2 et U19 chez les filles. On est au plus haut niveau dans toutes les autres équipes. On a des éducateurs. On a investi dans la formation. On a fait signer 4 joueurs cette année, formés au club, professionnels. il y a des salariés. Donc pour nous c’est important de garder le statu pro mais à partir du moment où on le conserve il reste quand même du non-sens. Des clubs pros du National touchent moins qu’un club amateur en termes de droits de la FFF. C’est un championnat hybride, c’est un championnat compliqué mais qu’on pourrait vraiment valoriser. Mais maintenant faut prendre les bonnes décisions et j’espère qu’on va les prendre.


LB: Tout à fait d’accord. Y a beaucoup de clubs qui ont fait des investissements dans les structures, la formation des jeunes, et ils devraient être récompensés de ça. D’avoir ce statut pro ça devrait être une formalité. De les aider aussi. On s’aperçoit que le National c’est un bon championnat, c’est un tremplin qui permet de fournir la L1 et la L2.


Passons au cas Fahd El Khoumisti. Il souhaite déjà partir du Mans après 3 mois, c’est vrai ?

TG : C’est vrai que j’ai fait un communiqué parce que le joueur s’est posé des questions. Ce qui peut arriver. Messi s’est posé des questions quand il est arrivé au PSG ! Il a un problème d’adaptation. Mais on a discuté encore hier avec Fahd. Pour nous il est au club, il est bien au club. La démarche de Concarneau de parler ouvertement sans nous appeler, sans nous informer... De faire cette démarche est pour moi un truc complètement lunaire. Même l’entraineur et le président en conférence de presse avant le dernier match, quand on leur pose la question, au lieu de répondre « il ne fait pas partie du club, on a un match à préparer … », ils ont parlé du joueur, qu’il y avait des problèmes. Jamais on ne se serait permis ça. Si mon entraineur se permettait ça, il serait dans mon bureau le lundi.

Gérer un club c’est compliqué, le foot c’est compliqué, et entre clubs, il faut un peu de compréhension, de solidarité. Là, je n’ai pas compris. J’ai dit que c’était plutôt une maladresse du président et de l’entraineur de Concarneau. Mais en tout cas, Fahd est chez nous, bien chez nous, et maintenant dès qu’il sera prêt à rejouer ce sera le choix de l’entraineur et le choix du club. Il continuera et de nouveau fera soulever les spectateurs car c’est un très bon joueur.


Il va rester au minimum jusqu’à quand ? Au mercato de janvier, s’il y a une proposition, il part ?


La démarche de Concarneau et du joueur, c’est de partir libre ! Vous voyez, c’était lunaire comme démarche. Moi je veux avoir des joueurs heureux chez moi. Je l’ai dit à Fahd. On ne veut pas garder un joueur pour garder un joueur. Après, il y a des conditions pour partir. Et deuxièmement je pense qu’au Mans il est bien, il y a un vrai challenge à relever. Il est venu pour ça, on a discuté longtemps avant sa venue au Mans. On l’a accueilli à la Pincenardière, j’ai passé beaucoup de temps au téléphone avec lui. C’est un artiste, comme tous les artistes, il y a une part de fragilité. Comme tous les créatifs. Ça va rentrer dans l’ordre, ce n’est pas la première fois que je connais ce genre de chose. Nous, maintenant, on va avancer avec tout le groupe et j’espère qu’il va revenir rapidement et encore plus fort.


Que pense le président du Mans de Cris ? De son style ? Je trouve l’idée formidable d’aller chercher Cris, de se dire qu’on va avoir une star sur le banc, mais les résultats pour l’instant sont mitigés…


En Italie, en Allemagne, on n’hésite pas à lancer de jeunes entraineurs. Je trouve que c’est important sinon on tourne toujours en rond. Je trouve bien d’amener de nouvelles idées, de nouvelles fraicheurs. Le management d’aujourd’hui ne peut pas être, avec les joueurs d’aujourd’hui, les jeunes d’aujourd’hui, le même management qu’il y a 10, 15 ou 20 ans, ça a évolué, comme dans les entreprises tout bêtement. Quand j’ai rencontré Cris, ce n’était pas du tout du marketing, c’est vraiment qu’il nous a séduit par sa démarche. Il a des idées sur le foot. Il a plutôt une vision de manager, il a beaucoup d’humilité alors qu’il a une carrière extraordinaire. On a fait une mauvaise saison la saison dernière, il est le premier malheureux. C’est un garçon très ambitieux, très travailleur, très honnête, avec beaucoup d’écoute, plus fort aujourd’hui que l’année dernière. La vérité d’un jour n’est pas forcément celle du lendemain. On est bien placé dans le foot pour le savoir. Aujourd’hui je ne me pose pas la question s’il faut rester, changer… Je suis très heureux qu’il soit là, il bosse, le staff bosse, il y a une bonne ambiance dans le groupe. Des fois, de l’extérieur, on a des images de joueurs ou d’entraineurs positives ou négatives, mais qui ne sont pas forcément la réalité. Je peux vous dire que j’ai envie d’aider Cris à lancer sa carrière et à réussir.


LB : J’ai joué contre lui en tant qu’adversaire quand il était à Lyon. Il a beaucoup de charisme et on voit que son groupe est très attentif à ses consignes. A partir de ce moment-là, il n’y a aucune raison de vouloir changer d’entraineur. Il a un message clair, avec des idées claires. Le championnat vient de commencer, Le Mans reste bien classé, je ne vois pas pourquoi on mettrait en doute ses capacités à entrainer une équipe pro.


Vous avez chercher à avoir Cris sur le banc un poil plus tôt qu’il y a quelques mois ?

TG : Oui, on nous l’a proposé deux ans plus tôt. C’était une idée qui était déjà en l’air. Mais là aussi on se trompe si on a l’impression d’un entraineur tout neuf. Avant, au-delà de sa carrière de footballeur, il a croisé beaucoup d’entraineurs de renom. Il a été 3 ans à la formation à Lyon, il a terminé avec la N2 de Lyon. C’est déjà une bonne expérience. Il a eu 2 ans une équipe première au FC Goal qui était en N2, même si c’était les 2 années un peu tronquées avec la Covid. Il était leader la dernière année avant l’arrêt des championnats. Donc il avait déjà des bonnes expériences. Y avait une approche 2 ans plus tôt effectivement, ce n’était pas le bon moment. Là je pense qu’il est arrivé au bon moment.


Est-ce qu’il y avait un ultimatum pour Cris ?

Non. Vous savez dans le foot, il y a beaucoup de rumeurs, beaucoup de gens qui aime faire croire qu’ils savent. Il n’y a jamais eu d’ultimatum. Ce qui se passe à l’intérieur d’un club et ce qu’on perçoit de l’extérieur est parfois très différent. Sincèrement depuis 2 ans, le club n’a jamais aussi bien fonctionné. Tous les voyants sont au vert. Il nous manque cette capacité à retrouver la L2, d’autant plus avec cette réforme. Mais si c’était une science exacte…

Le foot c’est le sport le plus indécis, le plus fragile, qui a le plus de paramètres extérieurs qu’on ne maitrise pas, et donc il faut aller chercher cette dynamique. Il y a de choses qu’il ne faut pas faire, c’est clair, mais ensuite les 10-15% qui font la différence, ce sont ces choses soit qu’on ne maitrise pas car ils viennent de l’extérieur, soit ce sont des choses qui s’enchainent mal parce que c’est pas le bon moment et dans ce cas-là il faut être patient et quand on a un dossier et un projet solide il faut être capable de passer des moments difficiles. Mais si on a une stratégie cohérente et qu’on travaille bien, à un moment donné ça passe. Après la patience dans le foot n’existe pas. Le court terme c’est un jour, et le long terme c’est une semaine… Il faut avoir gérer un club de foot pour comprendre. Même chez nous, ce qui est paradoxal, nos supporters comprennent mieux que certains chefs d’entreprise ou nos partenaires, car eux ils ne comprennent pas qu’un club de foot est différent d’une entreprise dans la gestion. D’avoir ce recul est compliqué d’autant plus qu’au Mans il y a une forte attente. Mais on continue à travailler. J’ai beaucoup de recul par rapport à tout ça et sincèrement je lis très peu la presse et encore moins les réseaux sociaux, car j’ai une vision pour ce club et j’ai envie d’avancer avec la cohérence qui est la nôtre depuis 6-7 ans.


Quel est votre objectif ? Retrouver la L1 ? la L2 ?

Retrouver la L1 ou la L2 n’est pas un objectif. J’essaye de l’expliquer aux journalistes depuis 6 ans, c’est compliqué. L’objectif ne peut pas être la L2. La L2, c’est simplement la conséquence de tout ce qu’on fait aujourd’hui, du chemin qu’on met en place, du travail qu’on fait au quotidien : le recrutement, le choix d’un entraineur… mais aussi améliorer la salle de musculation, dans l’absolu tout le monde s’en fout mais c’est très important. On a créé une cellule de performance au club : tout le monde s’en fout mais c’est très important. On a signé une convention avec l’association de 15 ans, tout le monde s’en fout mais c’est très important dans la stabilité du club. On a repris en gestion l’entretien de nos terrains d’entrainement… Tout ça ce sont des éléments importants et c’est tout ça qui fait un club. On travaille au quotidien pour améliorer le club. Mon objectif c’est de faire progresser le club chaque année. Si j’y arrive, à un moment donné, on va continuer à grandir et un jour ce club retrouvera la L2 et j’espère la L1. Avec moi ou sans moi, le problème n’est pas là. Cette ville le mérite, ce département le mérite, les supporters le méritent, beaucoup d’entreprises nous suivent encore.


Le stade a changé de nom. Est-ce qu’il y a un naming de prévu dans les mois qui arrivent ? Le club va-t-il continuer à jouer dedans ?

Le naming n’a jamais été géré même au départ par le club. C’était géré par le concessionnaire Vinci et par la ville. Ce naming était les MMA, sur une durée de plusieurs années, et celui-ci est arrivé à terme il y a 1 an déjà, prolongé d’une année pour donner du temps. Au bout de l’année les différentes parties ne sont pas tombées d’accord. MMA a décidé de se retirer. Logiquement, ce stade ne s’appelle plus MMArena. Il a fallu donner un autre nom. La ville a souhaité donner le nom d’une ancienne athlète féminine : Marie Marvingt. Ça n’empêchera pas demain d’avoir une entreprise qui accole son nom à celui de Marie-Marvingt, comme cela se fait à Lille avec Pierre Mauroy-Decathlon.

Nous allons continuer à jouer dedans. Quand j’ai repris le club, les gens ont oublié, mais en N3 on jouait à la Pincenardière. On n’avait pas de stade. Moi, la condition pour venir et m’investir, c’était de jouer tout de suite en N3 au MMArena. On m’a traité de fou. Mais si on devait réécrire l’histoire il fallait l’écrire chez nous. Le MUC72 avait Léon-Bollée, il faut le respecter. Mais il n’y a aucune raison de ne pas écrire une nouvelle histoire dans ce stade. En N3 on a joué dans ce stade. En N2 on a joué dans ce stade. Il n’y aucune raison qu’en National ou L2 on ne continue pas à jouer dans ce stade. Quand je suis arrivé, ce stade était un cimetière vivant, on en rigolait. On y faisait la chasse aux œufs de Pâques. Aujourd’hui c’est redevenu un lieu sportif, le stade du Mans FC, et c’est à nous maintenant d’écrire une belle histoire et de le faire vivre. On a réussi à le faire déjà en recevant Lille, le PSG, Laval… Le moteur de ce stade c’est le club mais il faut que le club monte à court ou moyen terme d’un étage.


Léon-Bollée était magique c’est vrai…

Oui il était magique car il y a eu des résultats, la L1. Des matchs extraordinaires, des émotions fortes, des frissons. On n’a pas eu l’occasion de vivre cela au stade Marie-Marvingt. Mais tous les joueurs qui viennent dans ce stade le trouvent très beau. Il ne lui manque que la division et de s’enflammer, de vivre de belles émotions. On s’y attelle. Ce n’est pas toujours simple mais en tout cas on va tout faire pour.


Avez-vous un modèle en tant que président ?

Ce n’est pas un manque d’humilité mais non. Ça fait trente ans que je suis dans le milieu du foot professionnel. J’ai démarré au Matra Racing de Paris, j’ai vu comment ça fonctionnait. Ensuite j’ai pris la présidence de l’ESTAC, puis après Le Mans. L’idée c’était de remettre un projet. J’ai ma vision du football, j’ai ma vision d’un club qui pour moi doit s’orienter et s’axer sur 3 points forts et d’abord le sportif qui doit rester le centre du projet. C’est pour ça que quand certains journalistes qui ne connaissent pas le football me disent que je change de politique parce que je fais signer les jeunes, alors qu’avant on était en N3 donc il n’y avait plus de formation et qu’il faut 5-6 ans pour redémarrer une formation… Ce travail de fond, invisible, montre qu’il y a un vrai projet dans ce club car la formation commence à apporter les premiers joueurs qui peuvent joueur au sein de l’équipe professionnelle. On est dans les premiers chez les U17. Chez les U19 on avait du mal mais on se maintient maintenant. En N3 on a un groupe de jeunes. Et a côté, les filles sont dans une D2 qui n’a rien à voir avec celle d’il y a 10 ans, que des clubs professionnels quasiment. Donc on met le projet sportif au centre à chaque fois qu’on a une décision à prendre.

Après il y a le modèle économique. Moi je pense que c’est important d’expliquer aux joueurs, entraineurs, agents, environnement du foot, qu’un club de foot doit gagner de l’argent. C’est une entreprise et on a la DNCGG mais au-delà on a aussi des responsabilités vis-à-vis des collectivités, des salariés, des supporters. Le pire c’est de mourir administrativement, financièrement et non de vivre une descente. Car une descente, si le projet est costaud et que le modèle économique fonctionne, le club pourra rebondir. C’est indispensable de gagner de l’argent car c’est un des secteurs d’activité les plus fragiles. C’est le seul où pour dix secondes, pour un penalty sifflé, pour un but, vous pouvez monter ou descendre et derrière augmenter votre chiffre d’affaires de 50% ou le diminuer de 50%. Faut se préparer à ça et faut des réserves.

On pourrait avoir 18 clubs qataris en L1, il y aurait quand même des descentes. C’est la grande différence avec une entreprise classique. Quand dans une même rue vous avez 10 restaurants, s’ils sont tous bons les 10 peuvent fonctionner. Dans le football, il y aura toujours un 1er et un 18e, on est pas aux USA et c’est très bien comme ça. Il faut que le modèle économique soit aussi important. Un club de football c’est pas un puits sans fond et il faut l’expliquer aux joueurs, et l’environnement.

Le dernier point, ce sont les valeurs. J’ai été élevé grâce à mon père, tout petit, dans le monde du foot, dès 5-6 ans, sur les bords du terrain. Il était président d’un club de vétéran. A 60 ans, il se faisait des piqûres pour juste pouvoir jouer un quart d’heure. Ce sport, il a des belles valeurs. Le problème c’est qu’on l’abime. Nous, on essaye d’avoir des valeurs d’ambition car on est au Mans FC, mais aussi d’humilité, de simplicité, de proximité avec notre environnement, nos partenaires, les clubs voisins, nos supporters… ça me parait important.


Vous vous voyez président du Mans encore combien de temps ?

Pour bien connaitre ce milieu, quand je suis arrivé j’ai dit à tout le monde : je peux partir demain. Ça fait bientôt 7 ans. Il y a 30 ans, j’ai créé une agence événementielle, je n’ai jamais pensé que 30 ans après elle existerait encore. Elle existe toujours, et il y a d’autres sociétés autour aujourd’hui. Je n’ai jamais fait de calculs. Je peux partir demain comme être là encore 10 ans.


Le prix des maillots est jugé très élevé par certains supporters…

Tout est toujours trop élevé. Je comprends que ce soit cher parce qu’aujourd’hui il y a des gens vraiment en difficulté. C’est vrai que je crois que c’est 69 ou 79 euros. Mais le souci c’est qu’on a des maillots sublimés, qui viennent de loin. La marge n’est pas exceptionnelle. C’est très loin du prix des maillots d’autres clubs de L1 ou L2. Le problème c’est qu’on juge le prix du maillot en fonction de la division dans laquelle on est. On serait en L1 on dirait qu’à 99 euros ce n’est pas cher. Mais le prix de revient du maillot, qu’on soit en L1 ou en National, c’est le même. Aujourd’hui il peut paraitre cher parce que on est en National.

Après, c’est une vraie réflexion, je ne le cache pas. Il faut le bon moment, la dynamique, parce que notre ambition et notre souhait c’est que le stade soit Sang & Or. Je rêverai que, comme dans les stades en Angleterre ou en Allemagne, on vienne en famille, que les partenaires viennent aussi avec le maillot. C’est une ambition, un jour, on ira. On y réfléchit, on mettra des opérations en place. Là, on vend les maillots de l’année passée avec des tarifs qui n’ont rien à voir avec ceux de cette année. C’est un juste milieu qu’il faut trouver. Le prix du maillot à l’achat a un coût certain et on ne peut pas faire n’importe quoi, mais je comprends cette remarque.

Parlons aussi de choses positives : les prix des places et des abonnements sont parmi les moins chers de France alors qu’on a un stade de L1 avec du confort. L’idée c’est aussi de remplir ce stade. On a bien conscience de tout ça donc on fait un gros effort sur la billetterie pour faire venir les gens. Sur la boutique, ça n’a pas été encore quelque chose qu’on a énormément développer car il faut se structurer, il faut du monde, et on a des choix stratégiques à faire. On fait plutôt des choix vers le sportif aujourd’hui pour essayer de remonter mais je vous assure que si le club a le bonheur de remonter rapidement, tout ce qui est merchandising c’est quelque chose auquel on s’attachera davantage car on veut remplir le stade et on veut le remplir de gens Sang & Or.


Parlons des féminines. C’était un exploit la montée l’an passé. Le travail est exceptionnel. Parlez-nous de cette section et de ses talents.

Le foot féminin a la chance d’être moins exposé que le foot masculin. Donc on a pu travailler tranquillement, sans pression. On a Damien Bollini à la tête de la section qui fait du très bon travail. Il a des équipes d’éducateurs et éducatrices autour de lui qu’on a structurées et fait grandir. C’est un travail de fond qui prouve que quand on travaille bien, à un moment, ça passe. Ils ont été freinés par les deux ans de Covid mais on a continué à travailler en silence, pour améliorer chaque année la section. Le résultat était au bout à l’occasion de ce superbe dimanche contre Caen. Aujourd’hui on retrouve la D2. Ça va être un championnat compliqué aussi car si en National 1 on a 1 équipe sur 3 qui descend, en D2 féminines c’est 1 sur 2, c’est encore pire. Mais on fait un très bon début. On a connu notre première défaite à Strasbourg. La défaire fait partie aussi de ce sport. Ce qui est important c’est de pouvoir rebondir rapidement.


Vous pensez garder toutes vos joueuses ? Des clubs du dessus s’intéressent à elles ?

Je dis toujours : je préfère faire envie que pitié. On travaille bien donc les joueuses comme les joueurs, malgré le petit cas cité tout à l’heure mais qui est passager, sont heureux au Mans FC. C’est un environnement sain, où on peut bien travailler, avec une bonne structure, des supporters… Tout est réuni pour faire quelque chose de bien. Les gens sont plutôt heureux, les filles comme les garçons. Après si elles doivent partir, aller ailleurs car les ambitions ne sont pas au même niveau, on aura participé à faire grandir quelqu’un. Il faut être positif et aller trouver un nouveau talent et le faire découvrir. Je ne suis pas jaloux des autres. On est dans un monde ouvert, on ne peut pas lutter sur tout et il faut garder son énergie pour du positif et tout faire pour continuer d’avancer.


Appréhendez-vous le match de Coupe de France contre Mûrs-Erigné ?

On ne le craint pas dans l’absolu car on ne doit craindre personne. Mais on les respecte. On a envoyé quelqu’un voir leur dernier match de championnat. Ils ont joué le derby (1-1). On prépare le match comme n’importe quel match parce que c’est important. Celui qui oublie de respecter le football, le boomerang revient vite dans la figure. On aime aussi le football pour ça et notamment la Coupe de France. Tout le monde attend que le petit mange le gros. Ça va être la fête, il va y avoir du monde. C’est un match attendu et on est content d’aller jouer chez eux. J’espère que ce sera un bon match. On va le préparer avec le plus grand sérieux, pour entretenir la dynamique, pour permettre à certains joueurs de montrer sur le terrain que jouer un match officiel c’est un moment important. C’est important d’aller au moins jusqu’en janvier en Coupe pour garder cette dynamique et faire jouer et garder en forme l’ensemble du groupe. On y avec sérieux et beaucoup de respect pour ce club. On va tout faire pour se qualifier.


Y a-t-il un joueur qui vous a marqué dans votre carrière de président ?

Plutôt des rencontres. On donne parfois une mauvaise image du foot, des footballeurs, mais comme dans tous les milieux il y a des belles personnes : des entraineurs, des joueurs, des partenaires, des supporters… J’ai fait 5 ans à Troyes, 6 pour l’instant au Mans… En 11 ans, j’ai vécu 5 montées, un maintien en L1. Ce qu’on vit dans ces moments-là… Quand vous croisez les gens dix ans après, vous avez l’impression de pas les avoir quittés. Vous avez plaisir à les revoir. Même si parfois vous vous êtes engueulés avec eux. Il y a cette force, cette dimension collective dans le football, dans le sport… Gagner et vivre un vestiaire qui a gagné, c’est formidable.


Etes-vous un bon joueur de football ?

Si vous saviez… Très sincèrement, j’étais un bon joueur de foot. J’ai joué en ligue parisienne chez les jeunes. Et la ligue de Paris est une ligue forte. J’ai eu rapidement des problèmes aux genoux, aux chevilles, j’ai eu syndrome de loge, qui est rare. Mais j’étais un n°10, un joueur technicien. Encore une fois, mon père était un très bon joueur aussi. On est une famille de footeux et je pense même que quand je serai vieux, j’aimerai un jour aller entrainer des jeunes, des U13, des U15… Je pense que je ne quitterai jamais complétement le football.




Si vous souhaitez visionner l'émission : https://www.twitch.tv/videos/1610970373


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