Mbengue ressort les griffes

Adama Mbengue aurait dû découvrir pour la première fois, à 28 ans, le MMArena sans sa suspension annoncée aujourd'hui. Nul doute néanmoins qu’il aurait préféré se retrouver à des milliers de kilomètres de là. Mais, lui, l’accro de foot à la télé, devra se contenter de suivre la sélection sénégalaise lors de la CAN devant son petit écran. Pourtant, il y a encore 4 ans, on aurait facilement parié sur son nom pour faire partie du XI des Lions sur les prochaines compétitions internationales.


© La Berrichonne

Une formation transatlantique


Ce qui est sûr, c’est que le parcours de Mbengue n’a rien d’ordinaire. Originaire de Rufisque, la huitième ville du Sénégal, ce gaucher fait ses gammes d’apprenti footballeur au sein de l’académie locale, le Galaxy Foot. Plutôt utilisé dans un registre offensif, ses performances lui valent rapidement d’attirer l’œil des recruteurs internationaux. Le club sénégalais est alors affilié avec celui d’Orlando City Soccer Club, aux USA. En 2011, âgé de 17 ans, il traverse l’Atlantique pour rejoindre la Floride, au sein du centre de formation de l’équipe américaine, qui évolue alors en USL Pro, 2e échelon national.


Après une première saison déjà prometteuse, où il évolue plutôt au milieu de terrain voire en attaque, il devient le premier jeune à être promu au sein de l’effectif professionnel, avec lequel il va évoluer pendant trois saisons, et une bonne soixantaine de matchs. Son positionnement assez haut lui permet notamment d’inscrire quelques buts (7 au total). Il est ainsi décisif lors de la demi puis la finale du play off 2013, contribuant à remporter son tout premier titre de sa carrière. Durant sa période américaine, son pays natal ne l’oublie pas totalement. Il est ainsi appelé avec l’équipe olympique, dont l’un des membres du staff n’est autre qu’Aliou Cissé. C’est d’ailleurs au sein de ses différentes sélections de jeunes qu’il va peu à peu être repositionné dans un rôle plus défensif.


Retour gagnant au pays


En novembre 2014, après des semaines de tractations, le club d'Orlando ne propose finalement pas de nouveau contrat au Sénégalais. Il choisit alors de revenir dans son pays natal, et signe pour le Diambars FC, académie créée au début des années 2000 par (entre autres) Bernard Lama et Patrick Vieira. Dans ce club, l’un des plus populaires du pays (depuis affilié à l’Olympique de Marseille), Adama Mbengue va s’épanouir totalement dans son nouveau rôle de latéral gauche. Pendant trois saisons, il fait étalage de ses atouts : qualité technique, notamment sur les passes, bonne lecture du jeu, vista… Il est sacré meilleur joueur du championnat à son poste lors de sa dernière saison, et en profite pour remporter un nouveau titre, la Coupe de la Ligue en 2016.




Il devient dans le même temps un pilier des U23 nationaux et avec qui il s’adjuge la médaille d'or des Jeux Africains en 2015 (premier titre continental dans l’histoire du pays).


Mars 2017. Nouveau tournant positif dans sa carrière. Après plusieurs mois de rumeurs, Aliou Cissé décide enfin de l’appeler en sélection nationale. Performance remarquable tant sont rares les joueurs évoluant dans le championnat local à avoir une chance d’intégrer les Lions. Il étrenne sa première cape contre le Nigéria, à Londres, où sa performance, en muselant Ahmed Musa, est unanimement saluée. Il est de nouveau appelé trois mois plus tard pour un match de qualifications à la CAN, face à la Guinée Équatoriale, remporté 3-0.




La bonne pioche caennaise


Difficile dès lors de ne pas attirer l’œil des recruteurs européens et notamment français. C’est d’ailleurs dans l’Hexagone que le latéral va s’orienter. Si des contacts ont été pris par Lorient, Troyes ou Angers, c’est le Stade Malherbe de Caen qui met la main sur le gaillard d’1m82, pour le plus grand plaisir de Xavier Gravelaine, le directeur sportif du club normand alors, ravi de chiper la pépite de Diambars à ses concurrents.


La période d’adaptation va être très courte. Après avoir joué ses toutes premières minutes en Ligue 1 à Montpellier lors de la première journée, il se retrouve titulaire dès la 3e journée à Lille. Un statut qu’il va conserver au cours de 16 des 18 matchs suivants. Mbengue est déjà un indéboulonnable et Patrice Garande, le coach malherbiste, ne tarit pas d’éloge à son sujet. Il partage à cette époque notamment le vestiaire avec Durel Avounou, avec qui il joue à 4 reprises cette saison-là (il le côtoiera de nouveau 2 fois sur une feuille match en 2019-2020). Il connait naturellement une nouvelle sélection, cette fois dans le cadre des éliminatoires de la Coupe du Monde, contre le Cap-Vert en octobre 2017.




Maudite pubalgie


13 janvier 2018, c’est le coup d’arrêt dans la carrière du Rufisquois. Il sort sur blessure lors de la réception du LOSC. Diagnostic : une pubalgie, qui le contraint à un minimum de 4 semaines de repos. Mais le retour s’éternise. Même remis sur pied, il ne reprend pas sa place de titulaire, si ce n’est pour les 2 dernières journées du championnat, lui permettant toutefois de participer au match nul homérique face au PSG (0-0) contribuant au maintien des Normands. Toutefois, une bouffée d’oxygène intervient quelques semaines plus tard. À la suite de la blessure de Saliou Ciss, il est appelé à deux jours du début de la Coupe du Monde en Russie, pour faire partie des 23 Lions. Il restera sur le banc lors des trois rencontres et ne pourra aider son pays à se qualifier pour les 1/8e.


La saison suivante, Fabien Mercadal, le nouvel entraineur, ne semble pas faire confiance au Sénégalais. Problèmes relationnels ? Méforme récurrente ? En tout cas, il est titulaire 4 fois au cours des 6 premières journées, avant d’être peu à peu relégué sur le banc voire en réserve. Il ne dispute ainsi aucun des 15 derniers matchs de la saison, barré par Yoel Armougom. Dégât collatéral, sa carrière internationale est impactée par ricochet. Appelé encore une fois en début de saison contre Madagascar en septembre, il ne fera plus jamais partie (à ce jour) des listes futures de Cissé, manquant notamment les CAN en Égypte puis au Cameroun.


Fin amère en Normandie


Mbengue, qui avait signé pour 4 ans en 2017, reste au club, malgré la descente en Ligue 2. Il confie avoir pris conscience de certaines choses et reprend en main son hygiène de vie, met les bouchées doubles à l’entrainement. S’il n’est pas titulaire au démarrage avec Rui Almeida, il retrouve plus de temps de jeu sous la direction de Pascal Dupraz, même s’il reste sur le banc lors de la réception du Mans en novembre. Il est même buteur, sur coup franc, à Rodez, en décembre, sa première réalisation dans un championnat français.



Mais le destin est vilain : alors qu’il semble avoir retrouvé pour de bon son statut, c’est la pandémie qui met fin en avance au championnat.


La saison dernière, c’est carrément un cauchemar pour ce grand fan de lutte sénégalaise. 2 titularisations, 2 entrées en jeu et 2 bancs de touche. Voilà ce que Dupraz puis Vandeputte lui proposeront à se mettre sous la dent. C’est avec la réserve en National 2 qu’il sera le plus souvent utilisé, alors même que ce championnat s’arrêtera en octobre…


La Berri pour la relance


Dès lors, il n’est pas surprenant qu’aucune prolongation de contrat ne lui soit proposée. Dès janvier 2021, son nom circule pour un départ. Mais ce n’est que le 19 juillet qu’il va trouver un nouveau port d’attache. Julien Cordonnier, le responsable du recrutement de La Berrichonne flaire la bonne affaire, lui qui est à la recherche d’un latéral gauche pour étoffer un secteur où seul Romain Sans fait figure de titulaire. Quoi de mieux que d’attirer un ancien joueur de Ligue 1, international qui plus est, pour reconstruire un club qui vient de descendre en National et aspire à remonter aussitôt ?


Et si le début de saison de Châteauroux n’est pas aussi flamboyant qu’espéré, Adama Mbengue, lui, est présent d’entrée. Que cela soit avec Marco Simone ou Mathieu Chabert, sa présence dans le XI de départ est immuable. Il a participé aux 18 rencontres de championnat, et n’a manqué que 63 minutes de temps de jeu (sorti à la 78’ contre Avranches et à la 39’ contre Villefranche).



Et le point fort du Sénégalais est sans nul doute sa polyvalence. S’il est apparu le plus souvent à son poste de prédilection, sur le côté gauche d’une défense à 4 (comme lors de la réception du Mans au match aller), il a pu également être positionné dans une défense à 3, voire dans un rôle de piston gauche devant cette même défense à 3. C’est dans ce dernier positionnement qu’il a d’ailleurs rappelé ses belles qualités offensives avec un but inscrit au Red Star pour la 13e journée mais surtout une masterclass lors de la réception d’Orléans, ponctuée de deux passes décisives et un splendide coup franc dont le Rufisquois a le secret.



Alors, s’il suit la CAN devant sa télé, Mbengue peut toutefois avoir le sourire. Le n°13 castelroussin semble avoir retrouvé sa soif de jeu et son talent est de nouveau action sur les pelouses, comme lorsqu’il évoluait à Orlando, Diambars ou ses premières semaines à Caen. Il lui reste 6 mois pour briller avec les Berrichons, voire une année de plus en cas de montée. Dans le cas contraire, il ne serait pas étonnant de le voir rejoindre à nouveau une des deux divisions supérieures du football français.



BONUS

Nous avons interrogé @BerriBreaking, le compte Twitter à suivre pour les amoureux de la Berrichonne, au sujet de leur sentiment sur Adama Mbengue. Un grand merci à eux pour cet avis:


"Adama Mbengué s’est engagé chez nous en juillet, à l’occasion de notre mercato XXL. Son CV était prometteur : des matchs en L1 à Caen, une participation à la dernière Coupe du Monde dans une sélection tout à fait honorable… Mais vous le savez autant que nous : les recrues les plus prometteuses sont souvent de grandes déceptions.

Il a directement su gagner sa place de titulaire au cœur d’un effectif pourtant bien complet. A l’image de notre grand soldat Opa Sanganté (parti disputer la CAN avec la Guinée-Bissau), la plus grande puissance d’Adama est sa polyvalence : défenseur central ou latéral, piston décisif à plusieurs reprises (2 buts et 2 passes décisives, soit plus de 20% d’implication sur notre total de buts)… Il est bon partout, dans ses sauvetages près de la ligne comme dans ses frappes puissantes en direction des cages adversaires.

Adama est de ceux qui parviennent à attirer la lumière sur un poste peut-être plus dans l’ombre. C’est un élément incontournable de notre effectif, un joueur qui se bat jusqu’au bout et qui en plus a la qualité de jeu pour faire mal…

Et sans vouloir être méchants, on espère qu’il vous fera mal!"




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