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Aurélien Renault : « Avranches est taillé pour se maintenir »

Nouvelle édition de la Zone Mixte de La Tribune Mancelle où, lors de chaque match à l'extérieur, on interroge une personnalité qui connait bien le prochain hôte du Mans FC, afin d'avoir son analyse sur l'équipe et le match à venir.


Si l'US Avranches fait toujours partie des meubles de ce championnat de National, le club normand reste un adversaire discret médiatiquement. Alors, pour en savoir plus sur l'USAMSM, nous sommes allés à la rencontre d'un fin connaisseur du club manchois, en la personne d'Aurélien Renault, qui, entre autre, commente régulièrement les matchs avranchinais.





Bonjour Aurélien. Un petit mot pour vous présenter d'abord ?


Bonjour! Je commente Avranches pour FFFtv, c’est la 4e saison désormais. Je les ai aussi couvert pendant trois saisons pour l’hebdomadaire La Manche Libre et j’ai continué à écrire régulièrement des articles sur eux pour le site internet footnormand.fr. Aujourd’hui, je travaille pour le site de la FIFA: je fais partie de la rédaction française qui gère fifa.com, en charge de l’actualité du football par le prisme FIFA (grandes compétitions, féminines et masculines, Coupe du Monde U17, U20, beach soccer, futsal, qualifs…). J’y suis depuis un an, en charge des équipes francophones, et là je pars à la Coupe du Monde U17 en Indonésie, ce qui explique que je ne pourrais pas commenter le match Avranches/Le Mans exceptionnellement.


Forcément, notre première pensée va d’abord à Gilbert Guérin, président de l’USAMSM, suite à son décès survenu le 20 octobre dernier. Vous l’avez rencontré je suppose ? Comment vous définiriez cet homme et ce qu’il a apporté au club avranchinais ?


Oui, je l’ai rencontré pour la première fois lors d’un jour assez particulier, à savoir le quart-de-finale de Coupe de France face au PSG, au stade Michel d’Ornano (le 5 avril 2017). C’était quelqu’un d’assez autoritaire, capable de pouvoir avoir des gueulantes, que ce soit sur les journalistes, les bénévoles, les gens de son club, quand quelque chose n'allait pas dans son sens. Il était exigeant. Mais dans la minute qui suivait, il était capable de t’offrir à boire, de te parler gentiment… Il était donc assez ambivalent sur le plan du caractère. C’était quelqu’un d’assez unique et spécial.



Il a tout apporté au club avranchinais. J’ai eu l’occasion notamment de visiter le centre d’entrainement et je suis en mesure de dire qu’Avranches s’est doté d’un outil assez exceptionnel par rapport à ce qui se fait ailleurs. Même certains clubs de Ligue 2 ne sont pas aussi bien pourvus. Il a vraiment usé de pas mal d’idées, de toute sa malice et de son intelligence pour transformer l’US Avranches et y créer des structures adéquates, à fédérer un grand tissu de bénévoles, à nouer un vrai réseau, car il connaissait vraiment tout le monde dans le football français, de Marc Keller à Nasser Al-Khelaïfi en passant par Noel Le Graët. Tout le monde connaissait Gilbert Guérin et Gilbert Guérin avait la force de connaitre tout le monde, ce qui lui a souvent permis de pouvoir flairer les bons coups pour recruter des joueurs, à la relance, ou en prêt. Ça a souvent été sa grande force.


« Ce n’est pas une équipe bâtie pour aller jouer le haut du tableau »

Revenons au terrain. Comment jugez-vous le début de saison de l’USA (3V, 4N, 4D) qui se situe à ce jour juste à la limite de la grande zone de relégation ?


Pour moi, Avranches fait un bon début de saison dans le sens où, comme la majorité des équipes du championnat, ça a pas mal bougé sur toutes les lignes. Donc il faut du temps évidemment pour que les choses se mettent en place. Le bilan en terme de points est assez bien payé dans le sens où on a une équipe qui attaque très bien mais qui a encore le besoin de se régler défensivement. Mais ça commence à venir. On l’a vu lors du match contre Martigues (2-0) mais aussi à Rouen (0-0) dans un contexte compliqué ou encore en Coupe de France face à Vire (0-0, qualification aux tirs aux buts), soit 3 matchs de suite sans prendre de but.



Les choses se mettent en place. Si Avranches garde sa faculté à bien attaquer, ça peut donc être très intéressant. L’USA flirte avec la limite de la relégation certes, mais je pense que ca va être le cas toute la saison. Ce n’est pas une équipe bâtie pour aller jouer le haut du tableau, même si on ne sait jamais si une bonne série survenait… Mais Avranches est taillé pour se maintenir. On sait qu’un tiers des équipes va descendre donc ce sera compliqué. Mais le club a cet atout de savoir s’y prendre dans ce domaine du maintien.

Le club est toujours invaincu à domicile (3V 2N). Peut-on considérer le public de René-Fenouillère comme un vrai 12e homme ?

À domicile, c’est la force d’Avranches, a contrario d’à l’extérieur où ils n’ont ramené que 2 points. À domicile, ça tourne bien. Il y a une vraie dynamique. Est-ce que pour autant le public est le douzième homme ? Oui et non, je dirais. Dans le sens où ce n’est pas le stade qui va être le plus garni, ni avoir le plus grand nombre de supporters. Mais il y a un vrai tissu de fidèles en tribune principale qui donne de la voix, beaucoup de voix même, et qui pousse l’équipe. Ça se ressent. À partir du moment où il y a une ambiance fait maison, et des joueurs qui ont pris leurs repères chez eux, une dynamique se crée et on peut imaginer que Fenouillère soit un lieu où il sera effectivement compliqué de venir gagner cette saison.


Deux actuels Manceaux ont récemment porté le maillot avranchinais : Harold Voyer et Mehdi Boussaïd. Quel impact ont-ils laissés au club ?


Harold Voyer est parti une saison avant Mehdi. C’était un très très bon défenseur que j’ai apprécié voir évoluer. Il était un peu en manque de réussite sur ces montées. On a attendu son but, malheureusement il est jamais venu… C’est un défenseur qui était venu goûter à ce niveau en France à Avranches et qui a plutôt bien réussi son pari, car il a pris son tremplin pour rejoindre Le Mans, qui en terme de structure est un cran au-dessus. Il a laissé de très bons souvenirs, c'était le vrai patron de la défense.


Harold Voyer sous la tunique avranchinaise | © Aurélien Renault

Mehdi Boussaïd était une trouvaille de l’ancien entraineur, Frédéric Reculeau. Il a malheureusement eu du mal au départ , car il était blessé les premières semaines. Il est petit à petit monté en puissance et de fait c’est devenu un joueur clé, pas forcément le plus décisif face au but, mais c’était surtout un joueur qui apportait une plus-value technique au milieu de terrain de l’USA. C’est un joueur qui manque forcément depuis le début de saison, même si Damien Ott a trouvé quelques parades pour réussir à pallier à ce départ. Au milieu, on a pas trop à se plaindre à l’USA avec l’arrivée de pas mal de joueurs qui font du bon boulot.


Les départs ont été plutôt bien gérés, que ce soit celui d’Harold la saison d’avant ou Mehdi cette année. Mais c’est de toute façon la grande force d’Avranches depuis 10 ans, justement de savoir bien remplacer ses joueurs en partance, et ça sera sans doute vrai encore cette saison.


« À chaque fois l’idée de Damien Ott, c’est de surprendre l’adversaire»

Dans l’autre sens, deux actuels manchois furent Manceaux par le passé : Cédric Mensah et Aurélien Tertereau. Arrivés cet été, ont-ils réussi leur intégration ?


L'arrivée de Cédric Mensah est un peu spéciale puisqu’il s'est engagé avec la double étiquette d’entraineur des gardiens et de doublure. Donc forcément son intégration est bonne. Il est inclus dans le staff de Damien Ott. C’est le seul dans ce cas, je crois, en National à avoir cette double étiquette. C’est intéressant. Il prend part aux séances, les prépare aussi. Il est jovial et très sympathique.


Concernant Aurélien Terterau, on pouvait s’attendre peut-être à ce qu’il joue davantage. Actuellement il n’est pas du tout titulaire. C’est dû au fait qu’il y a eu d’autres joueurs qui se sont montrés comme Leverton Pierre et Victor Daguin notamment, qui sont des profils intéressants. Dans son rôle de milieu offensif pur, Aurélien n'a pas encore trouvé sa place dans l’équipe. C’est un remplaçant de luxe qui a encore quelques semaines devant lui pour gratter du temps de jeu. On ne l’a pas encore vu en pleine possession de ses moyens ni totalement à l’œuvre. À suivre.


Aurélien Tertereau, ex-manceau et néo-avranchinais | © Martin Simon

Damien Ott, un coach bien que présent dans ce championnat régulièrement, reste une figure peu médiatisé nationalement. Quel type de manager est-il ? Prône-t-il un style de jeu particulier ?


Oui, c’est un des coachs les plus expérimentés de ce championnat. Il est sous médiatisé de manière étonnante. Il n'a jamais connu la relégation en National, il faut le souligner. Il a une expérience à ce niveau très importante, avec 3 clubs (Colmar, Avranches, Bourg) sans oublier qu’il a été adjoint au niveau professionnel (de Laurent Batlles à Troyes). C'est un manager assez exigeant avec ses joueurs , qui va toujours chercher le meilleur d’eux-mêmes. En match, il les pousse du début à la fin. Il a aussi le besoin d’haranguer le public et d’aller chercher de l’énergie partout où il peut en trouver.


Au niveau du style de jeu, il cherche régulièrement à surprendre. La saison dernière, il avait mis en place des pistons très offensifs pour commencer la saison et personne ne l’avait vu venir. Avranches était dur à jouer à ce moment là. Après les adversaires ont commencé à s’habituer.


Donc à chaque fois l’idée c’est de surprendre l’adversaire. Il est capable de changer son fusil d’épaule et de faire adhérer ses joueurs à d’autres systèmes. On l’a vu contre Martigues lors du dernier match à domicile où il a proposé une défense à 3 dans l’axe qui a surpris le FCM. Donc il peut s’adapter mais c’est toujours dans l’idée d’être offensif, d’aller marquer des buts. Depuis son retour au club, c’est une formation particulièrement verticale. Donc de base, il joue en 4-3-3 mais ça peut changer. Contre Rouen au cours de la première période quand il s'est rendu compte que son dispositif tactique et sa stratégie étaient peut-être mal adaptés, il a immédiatement demandé à ses joueurs d’être un peu plus bas sur le terrain pour contenir les assauts. Il a ses préceptes mais fait preuve de beaucoup d’adaptabilité.


Si Le Mans doit se méfier d’UN joueur en particulier ce vendredi ?


D'emblée, je dirais qu'il faut se méfier de Dany Jean. Mais il est sorti sur blessure en 1e période contre Rouen, il était absent contre Vire et je ne connais pas sa durée de convalescence. Il est extrêmement explosif, avec un centre de gravité très bas, bon dribbleur, belle entente avec Fofana…



En son absence, je dirais Alan Kerouedan, qui est le meilleur joueur statistiquement. Il ne fait pas beaucoup de vague, est extrêmement discret, mais précieux car il est capable de jouer à tous les postes de l’attaque, mais aussi milieu offensif voire milieu excentré. C’est le couteau suisse de l‘équipe. Il est en train de retrouver ses sensations et son efficacité du temps de son passage par le centre de formation du Stade Rennais. Il a une grosse capacité à marquer des buts, il est très adroit sur penalty, est capable de se proposer entre les lignes comme d'être présent dans la surface, d'essayer des frappes…


« Être le club doyen du championnat, c’est un exploit monumental »

Avranches est le club doyen du championnat de 3e division (depuis 2014) mais n’a jamais dans son histoire réussi à monter au 2e échelon. Est-ce un objectif envisageable?


Être le club doyen du championnat, c’est un exploit monumental, on le répète chaque semaine mais vu comment le championnat est en mutation et son instabilité, réussir à s’en sortir aussi longtemps c’est assez dingue. Chaque fois qu’un saison commence, encore plus maintenant, c’est difficile de mettre 4 ou 6 équipes derrière Avranches mais force est de constater qu’à chaque fois il y a un savoir-faire qui fait qu'Avranches réussit à s’en sortir.


Une montée en Ligue 2 aurait pu être envisageable, avant la réforme. Notamment la saison du Covid, avec Fred Reculeau où Avranches était vraiment pas loin du podium. On ne sait pas ce qui ce serait passé mais il y avait une capacité alors à bien performer, comme cette saison. Après ouvertement, je ne pense pas que le club ait la structure et la stature pour s’imposer comme une club de 2e division. L’idée c’est vraiment de subsister encore au 3e échelon, qui devient de plus en plus compliqué au fil des saisons avec davantage de clubs professionnels qui descendent.


Pour moi, le professionnalisme, à travers une montée en L2, ce n’est pas dans les objectifs. La professionnalisation, si elle est dans un coin de la tête des dirigeants, ça interviendra surtout avec la professionnalisation de l’ensemble du National plutôt qu’une quelconque promotion, à moins d’une fin de saison ou d’une saison prochaine exceptionnelle.



On termine avec le traditionnel pronostic : quel sera le score du match selon vous ?


La saison dernière, Le Mans a passé une très très mauvaise soirée à Avranches (défaite 4-0) alors qu’on imaginait que c’était plutôt l’occasion de rebondir pour eux. Le Mans a été éliminé de la Coupe, quand Avranches est passé aux tirs aux buts… La dynamique défensive est bonne pour l’USA… Je suis très mauvais en prono mais malheureusement pour Le Mans, Avranches, surtout dans un match dédié au président, aura sans doute un petit supplément d’âme. Partons sur une victoire d’Avranches, sans chauvinisme, 1-0 ou 2-1.


Un grand merci à Aurélien Renault d'avoir prise le temps de nous répondre. Vous pouvez écouter ses commentaires sur FFFtv, le lire sur footnormand.fr ou encore fifa.com


© Aurélien Renault

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